Lou Manefêsto (traduction)

Voici la traduction française du Manifeste Libertaire Comtois, réalisé par une camarade de Pontarlier (le manque de place m’empêchait de mettre les deux textes sur la même page…problème éternel des blogs bilingues!).

MANIFESTE LIBERTAIRE COMTOIS : TRADUCTION DU TEXTE ORGINAL

Depuis les premiers temps chancelants de l’individualisme, à l’aube de ce que nous appelons la Renaissance, et qui, pour tous les esprits éclairés du moment, signifiait l’avènement d’un âge nouveau sur les ruines de celui de la tyrannie, une question empoisonne l’esprit des hommes et des femmes qui ont, à un moment ou un autre, rêvés d’une société meilleure. Cette question est: comment maintenir l’harmonie entre les aspirations vitales de l’individu et les besoins nécessaires d’ordre d’une société civilisée? En clair, comment garantir la liberté et le respect de la vie dans un groupe ordonné? Cette question a façonné les peuples et les nations comme elle a façonné L’Histoire. Avant que cette question ne surgisse, l’oppression et la domination d’une élite illégitime sur la société semblaient naturelles et n’ont été que très peu remises en cause. Mais l’apparition de l’individualisme à rendue nécessaire la conception de nouvelles manières de gérer les groupes humains.

Ce fut d’abord le libéralisme bourgeois, inspiré en partie des Lumières et qui s’est perpétué jusqu’à maintenant, qui fut considéré comme le modèle de société parfaite; puis, ce fut le socialisme, et en particulier sa variante autoritaire. Ces deux modèles de gouvernance ont fait preuve de leur incapacité à garantir la liberté et les droits vitaux de l’individu, comme ils ont conduit, et continuent de conduire les sociétés à leur ruine. Aujourd’hui encore, les crimes du capital et de sa variante étatisée, rebaptisée « socialisme » par les incultes et les bourgeois, se perpétuent et causent aux peuples, aux nations et au monde des dommages catastrophiques.

Le socialisme libertaire, qui s’oppose au principe autoritaire d’une société hiérarchisée et fondée sur la division de classes, a longtemps été désigné comme une utopie, une rêverie d’exaltés idéalistes, voire une dangereuse idéologie vouée à l’anéantissement des nations. Or, l’histoire et l’expérience nous ont montré et convaincu que, oui, le socialisme, aussi appelé « anarchisme » ou « communisme », avait trouvé le moyen de maintenir l’équilibre entre l’individu et le groupe. Le socialisme prône la liberté, l’égalité politique, économique et sociale, l’auto-organisation et l’entraide; il s’oppose à l’oppression, à la hiérarchie, à l’exploitation et à toute forme de pouvoir.

Il existe, au cœur de l’Europe, et ce depuis plus d’un millénaire, une nation appelée Franche-Comté, et qui aujourd’hui est considérée comme faisant partie de l’État Français. Cette nation, comme toutes les nations sur cette planète, est opprimée, étouffée, exploitée, en tant que nation et en tant que peuple.

Opprimée, car un État illégitime, tenu par un pouvoir étranger au peuple comtois, s’adjuge l’autorité et le droit de légiférer et d’appliquer des lois sans la participation et sans l’accord des comtois; d’user et d’exploiter notre environnement et nos ressources pour le compte de compagnies bourgeoises sans notre consentement; d’occuper nos villes et nos rues avec des hordes de policiers, de brigands et de soudards qui maintiennent l’état d’oppression qui pèse sur nous.

Étouffée, car sa langue, sa culture, son histoire, sa capacité créatrice et d’initiative sont constamment chassées de la connaissance et du monde publics; rabrouées et désignées avec mépris comme « une culture factice », « un folklore de paysans » ou encore « un patois, un français déformé ». Tout ceci est encore une fois l’œuvre de l’État capitaliste, autoritaire et centralisé tenu par le pouvoir français.

Exploitée, car c’est partout le règne de la loi capitaliste, sur nos usines, nos champs, nos chantiers, nos bureaux, nos hôpitaux. L’ouvrier trime chaque jour sans gagner le revenu de son dur labeur, le paysan obtient à peine de quoi subsister, alors qu’il nourrit la société entière, l’infirmière ou l’institutrice se voit sans arrêt contrainte de prendre soin des individus avec des moyens toujours plus faibles. Et tandis qu’une masse de plus en plus importante se presse aux organismes de secours populaires et dort sur le trottoir, les banquiers, les patrons, les politiciens et les capitaines d’industrie, entourés de leurs curés et de leurs militaires, se gavent avec du pain volé aux travailleurs. Sur dix personnes, un seul mangeur et neuf mangés: voilà l’ordre social que leur État pourri et corrompu nous impose!

Non! Cette situation ne peut décidément pas durer.

La Franche-Comté est opprimée, et nous devons briser le joug qui la courbe. Pourquoi?

Parce que c’est notre nation, notre environnement social et humain. Si nous voulons libérer l’individu et abolir son esclavage de classe, nous devons également libérer la société dans laquelle il évolue, et inversement.

Nous ne considérons pas la nation comme une entité supérieure à l’individu, comme un corps organique, comme une cause qui nous dépasse et exige que nous lui sacrifions nos individualités. La nation est une volonté commune de destin, un lien qui relie les individus. Et c’est pour que ce lien se maintienne et se renforce que nous devons faire naître une conscience nationale et de classe. L’État opprime la liberté, le capital opprime l’égalité, l’ordre moral opprime la conscience, le profit opprime la justice, l’uniformisation centraliste opprime la nation. Nous luttons pour abattre cette hydre de l’oppression, qui cause la ruine des peuples et les divise.

Nous ne demandons rien à nos ennemis, pas plus que nous n’espérons leur tolérance. Nous n’en avons pas à leur égard. Ce que nous voulons, nous le prendrons, et si la classe dirigeante marche contre nous, chaque pas qu’elle fera la rapprochera de sa propre destruction.

Nous affirmons également notre solidarité avec tous les peuples du monde, décidés que nous sommes à lutter avec eux contre le capitalisme et l’autorité criminels.

Nos exigences ne sont ni négociables, ni modifiables.

Nous serons libres et égaux, ou nous ne seront rien.

Nous voulons:

*Que l’État français renonce à son autorité sur le territoire et les citoyens comtois.

*Que les forces et administrations de l’État français cessent leurs activités sur le territoire comtois et le quittent sans délai.

*Que les lois, décrets et ordonnances promulguées par l’État français sur le territoire comtois soient déclarés nuls et non avenus.

*La dissolution immédiate du Conseil régional, des Conseils généraux, cantonaux et municipaux, ainsi que des préfectures.

*Que les comtois soient maîtres de leurs lois: nous voulons la formation des Conseils populaires dans chaque entité géographique. Ces Conseils seront représentés par une Assemblée constituante qui aura pour mission de rédiger la future constitution.

*La collectivisation totale des terres, des usines, des entreprises, des fermes et coopératives agricoles, des hôpitaux, des organismes de service public, des magasins et organismes de distributions, en bref de toute propriété de production, de gestion et de distribution.

*L’abolition de la propriété privée-à ne pas confondre avec la propriété individuelle-sur tout le territoire comtois.

*La tenue d’un référendum populaire sur l’avenir de la Franche-Comté au sein de la France. Nous précisons que la Comté ne saurait rester au sein de la France que si cette dernière devient un république libertaire, débarrassée de l’État.

En un mot, nous voulons la République des Conseils de Franche-Comté, république libertaire et socialiste, sans classes et sans autorité.

Face à l’uniformisation prônée par les centralistes et les dirigeants bourgeois, et face au racisme et au nationalisme nostalgiques et stériles de l’extrême-droite, nous proposons l’alternative libertaire et patriotique, qui mènera les peuples sur la voie de la liberté, de l’égalité, de l’entraide et de la justice pour toutes et toutes.

La cause que nous défendons est juste, et nous la ferons triompher.

Franche-Comté réveille-toi! Vive la révolution sociale et libertaire!

Des comtois et comtoises libres.