Novèles di lai révirâtion grètçha

Nouvelles de la révolution grecque

A l’heure où nous écrivons ces lignes, la marche du temps ne semble plus la même suivant le côté de l’Europe où l’on se trouve. A Athènes, à Thessalonique, à Kavala, les événements se suivent à une vitesse effrenée, la course de l’histoire semble retrouver une nouvelle vigueur. Une chose est sûre: nous sommes en face de quelque chose, quelque chose qui a été brisée et qui ne pourra jamais redevenir comme avant. Il ne s’agit plus de manifestations, de gréves, de banderoles et de palabres étouffantes. Il s’agit d’un tournant, d’une brèche dans laquelle toute une nation s’est engouffrée. A plusieurs milliers de kilomètres de l’action, il est trés difficile de savoir ce qu’il se passe vraiment, et on ne peut guère présager de l’avenir. Révolution sociale, nouvelles élections, junte militaire, coup d’état stalinien…que de questions qui font suite aux événements. La seule certitude que nous puissions avoir est qu’une nouvelle chance est donnée au socialisme libertaire, à cette formidable idée portée par celles et ceux qui croient à la réalisation de l’individu. Chaque jours, des mairies, des préféctures, des usines, des bureaux, des hôpitaux sont repris par le peuple; les conseils ouvriers se multiplient à travers le pays; les combattants révolutionnaires font trembler le pouvoir de l’Etat.

La base de la nouvelle société est là. La violence populaire est là. Le courage est là. L’unité des libertaires manque; elle sera réalisée, et pourra alors commencer l’oeuvre des révolutionnaires en Gréce. Peut-être pas maintenant, peut-être pas pendant cette révolution-là, peut-être dans un mois, dans un an, dans dix ans, mais elle le sera, parce que, quelque soit le nom qu’on lui donne, le socialisme libertaire s’est exprimé, imposé au sein de la lutte, et à fait preuve de sa capacité à bâtir une société neuve. Notre devoir, à nous, tou.te.s les libertaires, est de soutenir ce mouvement historique; informations, contacts avec les insurgés locaux, réunions et conférences, mise en place de structures d’ aide matérielle…chaque geste compte pour aider nos camarades.

Quelque soit le vainqueur de cette bataille, celle-ci aura apportée une nouvelle vision à l’anarchie; elle aura prouvée que, malgré nos défauts, nos incohérences, nos obsolescences, causés par le doute et la résignation, le coeur de notre idée est et restera mélé à celui de la lutte des peuples pour leur liberté.

Vétia lai Grètçha révirationâre! Yibretât vençhera!

J., pour Franche-Comté Libertaire

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Dernières nouvelles, péchées sur Contra Info et Le Jura Libertaire

*6 février: sabotages visant des succursales banquaires à Athénes, « en un geste de solidarité avec les camarades Polykarpos (Polys) Georgiadis et Vaggelis Chrysochoidis ».

*7 février: début de la révolte à Athénes: tous les partis et syndicats d’opposition à la dictature du Parlement, des stals du KKE aux anarchistes, appellent à la mobilisation et à la gréve générale; nombreuses occupations et rassemblements dans la capitale, environ 20 000 manifestants dans les rues. Un syndicat investit le Ministère du Développement et séquestrent le ministre pendant au moins 8 heures.

*9 février: un groupe fasciste attaque le Lieu autonome de Kavala, heureusement sans faire de victimes. 6000 anarchistes présents devant Syntagma et le parlement. Occupation de deux ministères et de la fac de droit. Collectivisation de l’hôpital de Kilkis (ndlr: voir article)par son personnel.

*10 février: journée de mobilisation nationale: 200 personnes sur Lesbos et à Corfou, 15000 à Héraklion, 25 000 à Athénes, où commencent les émeutes révolutionnaires. Occupation de l’unité périphérique d’Imathia par les anarchistes, et d’Exarchia et de la Fac de droit à Athénes.

*11 février: moins de monde sur Syntagma, mais les occupations tiennent bon et se multiplient; poursuite des éméutes.

*12 février: le jour J, enfin; la révolution est en marche. Les combattants révolutionnaires ont investi et occupé une partie de plus en plus grande de la capitale; de récentes déclarations de policiers dévoilent le doute et la peur dans leurs rangs. De nombreux bâtiments en flamme, et environ 54 blessé.e.s ce soir.

Plus d’infos sur les sites sus-nommés, mais nous continuerons à couvrir les événements.

 

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2 réponses à Novèles di lai révirâtion grètçha

  1. lacuzon dit :

    Je crois que ce n’est pas comme ça qu’il faut aborder la question. D’abord, je n’ai jamais prôné la création d’un « parti », légaliste et hiérarchisé, j’ai juste appelé à l’unification des différents courants libertaires au sein d’une force politique, comme peuvent l’être les CNT, les Fédérations Anarchistes, etc…Le problème grec, selon moi, est que le mouvement anarchiste local est considéré comme une force contestataire satisfaisante, mais pas comme quelque chose susceptible d’édifier une société post-révolutionnaire- pour moi, 5000 manifestants au mieux ne constitue pas une forme d’adhésion de la majorité de la population.Le mouvement anar grec est très centré sur l’action directe, violente et illégaliste, mais n’arrive pas à s’implanter et à se promouvoir dans le mouvement autogestionnaire qui se développe dans le pays. Le risque, selon moi, c’est qu’une fois la troïka renversée par les anars, les gauchos et les stals, plus puissants tant au niveau politique qu’au niveau militant, ne récupère la révolution à leur profit. Sans tomber dans le tout-politique, il faut gagner en crédibilité, en grèce comme ailleurs. J.

  2. ankou dit :

    J’aimerais réagir à ce que dit J. dans son speech exaltant; à l’écouter, on croierait que le seul avenir de l’anarchisme soit « le grand parti du peuple », comme si il y avait besoin d’une même image, d’une même forme, d’un seul mouvement…L’anarchisme, au contraire, n’est-il pas un mouvement décentralisé, autonome? Le mouvement grec assume parfaitement le fait d’être une minorité combattante. Selon moi, cette espèce de quête du grand mouvement de masse ne peut qu’entraîner un renoncement de nos idées et de la violence révolutionnaire.

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