Adonnons-nous à ce plaisir délicat qu’est l’étymologie-une fois n’est pas coutume. J’avoue que je me suis souvent demandé d’où pouvait provenir le nom de Besançon; certes, on connait tous l’origine latine ‘Vesontio’, mais l’appellation authentique m’a toujours intrigué. En clair, quel est le nom que les comtois ont, à travers les âges, donné à leur capitale?
Voyons d’abord ce que dit Wikipédia (qui ne dit pas QUE des conneries):
Une première mention écrite de la ville est faite par Jules César dans ses Commentaires sur la Guerre des Gaules sous le nom de Vesontio. Au IVe siècle, un B remplace le V de Vesontio et le nom de la ville devient Besontio ou Bisontion, puis subit plusieurs transformations pour donner Besançon en 1243. Les recherches sur l’origine de l’appellation Vesontio ont donné lieu à plusieurs interprétations, mais aucune ne s’impose avec certitude. La plus « satisfaisante » évoque la racine celtique wes- qui désignerait une montagne et que l’on retrouverait notamment dans les noms de Vésuve, Vesoul ou encore Vézelay.
Durant le Moyen Âge, plus précisément entre le IXe siècle et le XIIe siècle, la ville est parfois surnommée Chrysopolis (« la ville d’or »). L’origine de cette appellation, qui apparait dans un écrit de 821, n’est pas non plus bien établie : présence d’or dans le lit du Doubs, présence de nombreux édifices romains, plaisanterie « besan sum » (« je suis une pièce d’or »), rapprochement entre Byzance et Besançon, Chrysopolis ayant été dans l’Antiquité le nom d’un quartier de Byzance…
On peut aussi remarquer que le nom proto-germanique est Bisanz
On le voit, le premier nom que reçut la ville aux sept collines provenait des Romains, ces gens-là ne faisant guère cas de la culture barbare des gaulois-passons. Pour ce qui est de la forme comtoise moderne, Besosson, on peut légitimement penser qu’il s’agit d’une variante patoisante du nom latin- n’étant apparu dans les écrits qu’au XVe siècle.
Alors, pur produit de la langue romane, Besançon? Ce serait oublier que ce nom n’est sans doute pas sorti de l’imagination de Jules César, et que les Séquanes y avaient installé une capitale prospère. Reprenons: on peut considérer l’hypothèse du préfixe wes-, comme plausible vu la géographie locale; quant à l’autre moitié du mot, on peut la trouver dans la « ville » elle-même: en effet, à l’époque de la conquête de la Gaule, Vesontion n’était alors qu’un gros village entouré d’une muraille, un oppidum, comme on disait alors. Or, certains mots celtes ou proto-gaulois peuvent nous éclairer: ainsi « amdio« , qu’on peut traduire par « enclos »; « andebanno« , ou « auvent, grand abri « (and- étant un préfixe d’hyperbolation); « antego« , ou « cabane, maison ». A chaque fois, on retrouve le préfixe and- ou amb- « grand ». Ainsi, et en tenant compte du caractère germanique des Séquanes -les mots ci-dessus sont sans doute originaires d’autres peuples gaulois, dont la langue était sensiblement la même-, on pourrait avancer plusieurs hypothèses qui traduiraient l’idée de « grande maison sur la colline » ou « enclos des collines », comme Wesanto, Wesantebanno, Wesamdio ou encore Wesenðo (le ð se prononce comme le th anglais, ce qui expliquerait la transformation du ‘t’ en ‘ss’).
Voilà, si l’envie vous prend de taguer, d’un coup de feutre vengeur, les panneaux de signalisations de la ville pour les rendre bilingue, vous avez l’embarras du choix; espérons seulement que, si vous tombez en pleine action sur une patrouille de policiers, ils soient réceptifs à votre grande culture des mots…
Chris, pour FCL